Mahamoud Adam Béchir rattrapé par la Justice américaine

Corruption: deux diplomates tchadiens poursuivis aux Etats-Unis

La Justice américaine (Etats-Unis) vient d’engager des poursuites contre deux diplomates tchadiens, dont l’actuel ambassadeur du Tchad en Afrique du Sud, le très corrompu Mahamoud Adam Béchir, qui avait accepté le versement des pots-de-vins sous forme d’actions de la part de Griffiths Energy International (compagnie pétrolière canadienne) dont la valorisation a atteint 34 millions de dollars (20 milliards de Fcfa).

Les Etats-Unis reprochent à Mahamoud Adam Béchir, alors qu’il était représentant du Tchad aux Etats-Unis et au Canada de 2004 à 2012, d’avoir usé de sa qualité d’ambassadeur plénipotentiaire pour permettre à Griffiths Energy International d’obtenir des droits d’exploitation au Tchad.

Mahamoud Adam Béchir et un de ses complices (Youssouf Hamid Arkane), auraient accepté, au courant de l’année 2009, quelque 4 millions d’actions de Griffiths Energy International qui ont été transmises à leurs épouses, détaille le département de la Justice américain dans un communiqué rendu public ce mardi 30 juin 2015.

Les Etats-Unis ont annoncé vouloir saisir les 34 millions de dollars (20 milliards de Fcfa).

Par ailleurs, ainsi que l’écrivait déjà la presse en janvier 2013, l’épouse de Mahamoud Adam Béchir, en l’occurennce Nouracham Niam, aurait également reçu une « commission » de 2 millions de dollars, via la Chad Oil Consulting, une société créée au Nevada et qu’elle contrôle en totalité. Le département de la Justice précise que ce montant a ensuite été transféré sur un compte au nom de M. Béchir en Afrique du Sud, où il est actuellement ambassadeur du Tchad.

En 2013, Griffiths avait plaidé coupable devant un tribunal canadien d’avoir corrompu ces deux fonctionnaires et avait été condamné à payer une amende de 10 millions de dollars.

Il faut rappeler que suite à la révélation de cette affaire de corruption, Idriss Déby a trompé la vigilance de la communauté internationale en prenant un décret destituant officiellement Mahamoud Adam Béchir de ses fonctions d’ambassadeur en Afrique du Sud. Il devait être remplacé par l’ancien premier ministre Nagoum Yamassoum. De la poudre aux yeux. car le très corrompu Mahamoud Adam Béchir continue toujours à occuper le poste d’ambassadeur du Tchad en Afrique du Sud.

Tchadoscopie (avec Afp)

Qui veut la peau d’Abdoulaye Sabre Fadoul ?

Radiographie d’un canular

Le très sérieux tchadanthropus-tribune est-il tombé dans un traquenard ? Le site internet publie ce vendredi deux images qui ne manquent pas d’intriguer par leur singularité. Il s’agit en réalité d’une Vol Abdoulaye Sabre Fadoul(2)même scène photographiée sous deux angles différents avec une légère modification de la position des objets. La scène montre des billets de banque soigneusement empilés comme dans un film sur l’univers des narcotrafiquants : une grosse liasse de billets de 500 € et deux liasses moyennes de billets de 100 € ainsi qu’un passeport français, le tout posé sur une feuille ordinaire de format A4 sur laquelle on peut lire le message suivant : « Salut chérie, je prends mon vol demain. Je te laisse 120… à verser par plusieurs sur le compte joint BNP. Nom : Abdoulaye/ Prénom : Sabre Fadoul / Banque BNP / Compte : 04338263H27 ». Une scène de crime, donc.

120 000 euros, soit 80 millions Fcfa. Une somme énorme pour les communs des mortels que nous sommes, mais une broutille pour ceux pour qui l’accaparement des deniers publics est devenu un véritable loisir.

Tchadanthropus affirme qu’il s’agit-là d’un « magot » que le ministre secrétaire général du gouvernement « laisse à sa femme franco-tunisienne pour un versement occulte ».

Le propos n’a pas suscité les réactions escomptées de la part des internautes, sans doute partagés entre une opportune prudence et une méfiance manifestement exagérée quand on connait la propension de certains à marteler de critiques tout ce qui ressemble à un délit de détournement. Mais l’information peut être sérieusement discutée sans s’attirer les foudres redoutées d’éventuels partisans du ministre secrétaire du gouvernement ni discréditer, sans démonstration crédible, les sources du site internet tchadanthropus.

Alors, commençons par le commencement.

D’où viennent les masses de billets de banque ?

La principale question qui vient tout de suite à l’esprit est celle-là : « ces  billets de banque  sont-ils des vrais et si oui d’où viennent-ils » ? A priori, ce sont de vrais billets et proviendraient d’une banque française. Mais pour de tels montants, les retraits d’espèces sont en principe signalés au Tracfin par les banques. Et si d’aventure le titulaire du compte bancaire ne justifie d’aucune activité économique licite sur le territoire français susceptible de lui procurer de tels revenus, c’est devant les tribunaux qu’il sera renvoyé pour s’expliquer. Connaissant toutefois la clémence des banques françaises à l’égard des richesses provenant des Etats voyous, il n’est pas étonnant qu’un Tchadien puisse ouvrir un compte bancaire en France et l’alimenter par des produits de détournements de fonds publics. Il pourrait par suite, lors d’un voyage à Paris, opérer des retraits d’espèces de tout montant sans que sa banque signale les mouvements de fonds au Tracfin. Les billets sur la photo de tchadanthropus sont des vrais et appartiennent absolument à un Tchadien.

Mais alors, quel est l’intérêt de retirer 120 000 € en espèces au guichet d’une banque en France pour ensuite tenter frauduleusement de les déposer en plusieurs versements sur un autre compte bancaire domicilié en France ? Le procédé n’est pas cohérent. D’où il suit que ces billets de 500 et 100 euros ne proviendraient que de N’Djamena où leur possesseur, prédateur de deniers publics sans doute, les a obtenus auprès des cambistes du marché central en échange des billets de la BEAC qu’il a puisés des caisses de l’Etat ou s’en est fait remettre par des commerçants véreux au titre de commissions occultes.

Cette question réglée, il convient de s’interroger sur le « message » dont l’auteur serait Abdoulaye Sabre Fadoul.

De qui est le message ?

« Salut chérie, je prends mon vol demain. Je te laisse 120… à verser par plusieurs sur le compte joint BNP. Nom : Abdoulaye/ Prénom : Sabre Fadoul / Banque BNP / Compte : 04338263H27 ».

Message absolument surréaliste à plusieurs titres.

La forme, d’abord. Une seule ligne, un nom, deux prénoms, une banque et numéro de compte. Message trop court pour nécessiter d’être tapé à l’ordinateur et imprimé. Un SMS aurait largement suffi, si tenté que le présumé auteur serait allergique aux boites mail dont on sait qu’elles sont trop « indiscrètes ». On n’est jamais trop prudent. Il parait que les pirates informatiques sont capables de nous arracher des informations encore en gestation dans nos cerveaux. Et si en vérité le véritable auteur du canular usait de l’ordinateur pour éviter tout simplement qu’on compara son écriture manuscrite à celle d’Abdoulaye Sabre Fadoul ? Il doit reconnaître que sa technique de brouillage des pistes n’est pas encore au point.

Le fond, ensuite. « Salut chérie, je prends mon vol demain. Je te laisse 120… à verser par plusieurs sur le compte joint BNP ». Abdoulaye Sabre Fadoul viendrait-il donc en France pour passer ses nuits ailleurs qu’au domicile conjugal ? Ou bien est-ce son épouse qui serait absente du domicile et ne rentrerait qu’une fois l’époux parti au Tchad ? On sent que quelque chose ne tourne pas rond dans ce « salut chérie, je prends mon vol demain ».

Mais le plus extraordinaire, c’est ce « je te laisse 120… à verser par plusieurs sur le compte joint Bnp ». Photo à l’appui, ce message ressemble à une farce. Même les plus riches milliardaires ne laisseraient pas 120 000 € sur un bout de table à repasser où n’importe qui, comme en l’espèce, pourrait passer les photographier. D’habitude, de telles sommes on les met dans une enveloppe kraft. On se demande d’ailleurs pourquoi celui qui a découvert cette somme, et photographié la « scène du crime », ne se les est pas appropriées puisque de toute façon il n’ignore sans doute pas qu’elles proviennent de détournement ou de corruption, étant donné qu’elles devaient être déposées à la banque « par plusieurs » pour ne pas attirer les soupçons ? That is the question.

Pourquoi le chasseur d’image n’a pas ouvert le passeport ?

Sur la photo intrigante, on peut également voir un passeport français à côté des liasses de billets de banque. Si ce passeport est bien celui d’Abdoulaye Sabre Fadoul ou de son épouse comme le suggère l’image, le photographe aurait eu un peu plus de succès à photographier le passeport ouvert sur la page d’identification du titulaire. Ne l’ayant pas fait, il laisse dubitatif.

Qui veut la peau du Dr Sabre Fadoul ?

Depuis quelques temps, le Directeur de publication du site internet tchadanthropus  voit chaque matin atterrir dans sa boite mail des dizaines de documents et d’infos extrêmement compromettants pour tous ceux qui ont fait main basse sur les maigres finances publiques de notre pays ; qu’il s’agisse des membres du gouvernement, de hauts fonctionnaires et ou de leurs proches.

Rien que cette année, c’était le cas avec le procès-verbal du partage illicite, entre membres du gouvernement, du quartier de la Corniche à N’Djamena. C’était également le cas avec les résultats frauduleux du concours d’entrée à la soi-disant ENA du Tchad.

Jamais personne, parmi ceux qui sont nommément visés par lesdits documents, n’a levé le petit doigt pour crier à la diffamation ; ce qui confère encore plus de crédit et de force à ce site internet qui se distingue désormais de ses confrères par la qualité des informations proposées au public.

Mais l’image publiée ce vendredi n’est pas banale et nourrit des motivations inavouées de la part ceux qui alimentent le site internet tchadanthropus sur les faits et gestes d’Abdoulaye Sabre Fadoul. Sans doute, par son parcours universitaire et militaire, puis par sa nomination à 36 ans à la tête d’un ministère régalien, en l’occurrence celui de la Justice, Abdoulaye Sabre Fadoul suscite à la fois l’admiration des fidèles et la méfiance de ceux qui ont de lui l’image d’une créature fabriquée de toutes pièces, surgi de nulle part en 2010, et dont ils se demandent comment Idriss Déby a eu le culot de le propulser au sommet du pouvoir. Ses détracteurs se trouveraient, selon toute vraisemblance, essentiellement parmi ses proches.

Et si cette info avait pour but de piéger le Directeur de publication de Tchadanthropus ?

©Hangaabi

 Fiche 2 Abdoulaye Sabre Fadoul(1)

Payimi et Pahimi : méfiez-vous des contrefaçons

Le compte facebook du premier ministre est un « fake »

Selon un communiqué de presse signé du directeur de cabinet (Dircab) du premier ministre (PM), ce dernier n’a créé aucun compte sur Facebook. Les comptes au nom de Kalzeubé Pahimi Deubet, Kalzeubé Pahimi Deubet et Kalzeubé Pahimi Deubet sont tous les trois l’oeuvre de « personnes mal intentionnées », insiste le communiqué.

Créés il y a tout juste une semaine (le 13 août 2014 pour le premier), ces comptes ont déjà enregistré au total près de 1000 « amis », dont 28 pour celui du 13 août, 678 pour celui créé le 17 août et 158 pour celui du 21 août.

Hélas, comme il est dit dans le communiqué de presse de la primature, ils sont tous des « comptes fictifs » avec en prime des « noms mal écrits » dénonce le Dircab. Autrement dit, des « fake » grossiers, dont on ne sait pas encore quel internaute tchadien en est l’auteur.

Le nom du premier ministre est souvent mal orthographié. C’est un fait connu. Il s’appelle en réalité « Payimi » comme c’est écrit sur les décrets présidentiels, et non « Pahimi » tel qu’on le lit souvent dans la presse et, par voie de conséquence, sur les faux profils facebook.

Plusieurs compatriotes, et non des moindres, sont néanmoins tombés dans le panneau. Parmi les « amis » des faux comptes, on relève principalement des cadres des ministères qui, après avoir reçu une acceptation de leur demande d’amitié, se sont fendus en remerciements tout en souhaitant succès et réussite à KPD, histoire d’attirer l’attention du chef du gouvernement.

Sur le compte aux 678 « amis » selon décompte du 22 août, on a relevé « l’amitié » de l’ancien procureur de la République Ousmane Mamadou Affono et celle de l’ancien journaliste Toussaint Mbaitoubam. On a même vu un ministre de l’actuel gouvernement ainsi qu’un ancien ministre parmi les « amis ». Depuis ce matin, ils ont dû se rendre compte de la supercherie et retiré leur amitié, de sorte qu’ils ne figurent plus sur l’annuaire des « amis ».

Le compte aux 28 « amis » ne comporte pas moins de personnalités à l’instar du député Rakhis Ahmat Saleh, du journaliste correspondant de RFI Nako Madjiasra, de l’ancien Secrétaire d’Etat Enoch Djondang, de l’ancien porte-parole de l’UFR, Abderamane Koulamallah, de l’incontournable blogueur Mahamat Assileck Halata, de l’écrivain et banquier Succès Masra ainsi que d’autres noms connus de la blogsphère comme Lyadish Ahmed.

C’est d’ailleurs sans doute suite à une polémique suscitée par un petit message de bienvenue sur facebook écrit par Lyadish que le premier ministre Kalzeubé Payimi Deubet s’est rendu compte de l’usurpation de son identité et a instruit son Dircab pour rédiger le communiqué de presse rappelant qu’il n’a aucun compte facebook.

Rappel

Ceux qui étaient sur facebook il y a deux jours ont dû remarquer, en effet, que Lyadish, après avoir constaté un profil du premier ministre sur facebook, a écrit un court message de bienvenue à celui-ci tout en soulignant qu’il s’agissait d’une bonne initiative d’autant plus que le Tchad se positionne pour devenir le futur leader des NTIC en Afrique. Il a ensuite rappelé que plusieurs personnalités politiques s’intéressent désormais aux réseaux sociaux bien que leurs profils sont rarement mis à jour. Et de citer nommément un certain nombre de ministres aussi bien en exercice que ceux qui ne le sont plus. Mais ce message n’a pas plu à Abderamane Koulamallah qui a immédiatement réagi pour reprocher à Lyadish une forme de mépris pour son profil facebook qui compte pas moins de 5000 « amis » outre qu’il fait partie des rares tchadiens figurant sur Wikipédia, que son compte facebook est l’un des plus anciens et qu’il est régulièrement mis à jour. Il mériterait en conséquence un peu plus d’attention et être cité parmi ceux que Lyadish a qualifiés par suite de « cyber-politiques ».

Réaction sur réaction, d’autres « facebookers », en particulier Bourma Abakar (connu ailleurs sur le pseudo de Mahadjir.fils) et Zute Tezu (de tchadonline) ont reproché à Abderamane Koulamallah son attitude qu’ils jugent infantile. Les noms d’oiseaux ont fusé de part et d’autre part.

Ces échanges ont sans doute attiré l’attention du premier ministre Kalzeubé Payimi Deubet qui, comme pour mettre un terme à une polémique stérile sur « qui est plus populaire que qui » sur les réseaux sociaux, a instruit son Dircab pour rappeler carrément « à l’opinion nationale et internationale » qu’il n’a jamais créé un quelconque compte facebook.

Mais au lieu de se bomber le torse et crier haut et fort qu’il n’a aucun compte facebook,  le PM a peut-être intérêt à se saisir de cette polémique pour se familiariser définitivement avec les réseaux sociaux. Les plus grands de cette planète en usent avec joie depuis longtemps pour leurs communications politiques, voire pour gagner des élections.

Vouloir être leader en TIC nécessite déjà de prouver au monde qu’on s’intéresse à ses outils les plus performants et les plus populaires. Et si le PM est super nul en TIC, qu’il se rassure. Il n’est pas le seul dans son cas. Les comptes facebook, twitter et autres des « grands » sont gérés par des spin doctors. Il lui suffira de lancer un avis d’appel d’offres sur internet.

© Hangaabi

Affaire Habré : quand un lobby cherche à entraver la justice

Alors que depuis plusieurs années l’Etat a souhaité le procès de l’ex-président Hissein Habré en y apportant une contribution financière substantielle et que le 1er juillet 2013 Idriss Déby a même promis au monde entier que le gouvernement et la justice tchadienne se mettront à la disposition des magistrats sénégalais désignés pour juger Habré, voilà qu’on assiste impuissant face à un micmac inattendu de la part d’un lobby qui cherche à entraver la bonne marche de la justice.

Le mutisme suspect du ministre de la Justice

C’est d’abord Maître Béchir Madet, ministre de la Justice, qui dément sur les ondes de RFI (radio France internationale) s’être engagé à transférer au Sénégal deux ex-tortionnaires présumés (Younous Saleh et Mahamat Djibrine, dit El Djonto) réclamés par les Chambres africaines extraordinaires. Il dit même « mettre au défi » le procureur Mbacké Fall de lui fournir une seule de ses « notifications écrites » portant engagement de transférer les deux co-accusés de Habré. Cette attitude a fini par mettre hors de lui Reed Brody, conseiller juridique de Human Rights Watch, qui explique sur les antennes de la même station que «Cela fait plusieurs mois que les Chambres africaines extraordinaires et les autorités sénégalaises ont formulé des demandes pour que le Tchad transfère ces personnes, et ça semble bloqué depuis un moment ».

L’avocat américain ajoute qu’une rencontre entre les ministres de la Justice du Tchad (à l’époque Jean-Bernard Padaré) et du Sénégal a bien eu lieu en novembre 2013  et devait permettre de déboucher sur « un protocole pour faciliter le transfert de ces suspects », mais observe que « cela n’a pas été fait et, depuis, il y a un mutisme du côté tchadien sur le transfert de ces personnes ».

Si cette précision conforte la thèse de Maître Béchir Madet sur l’absence d’un « engagement écrit » de la justice tchadienne de transférer au Sénégal les co-accusés de Habré, il n’en demeure pas moins vrai que cet engagement est d’ores et déjà pris dans le cadre de l’accord de coopération judiciaire entre le Tchad et le Sénégal signé le 3 mai 2013. Aucun autre « engagement » n’est nécessaire pour procéder au transfèrement des co-accusés. Il suffit seulement aux Chambres africaines de formuler une demande écrite en ce sens pour que les autorités tchadiennes mettent en œuvre la procédure prévue par les articles 10 à 12 de l’accord judiciaire susvisé.

Aucune raison légitime ne justifie donc le laxisme des autorités tchadiennes qui, d’après Maître Kagonbé Alain (avocat des co-accusés), ne se seraient jusque-là pas manifestés auprès de ses clients pour obtenir leur consentement au transfert conformément aux prescriptions de l’article 12 de l’accord de coopération judiciaire. Vous avez dit blocage ?

Les vociférations discourtoises du Point focal

Plus grave est l’attitude de M. Ousmane Souleymane Haroun, Point Focal des Chambres africaines extraordinaires auprès du ministère tchadien de la Justice. Suite à l’interview donnée par le procureur des Chambres africaines sur les ondes de RFI, le Point Focal a pondu un communiqué totalement discourtois qu’il s’est empressé d’aller lire devant les cameras de la télé Tchad pour donner la réplique à Mbaké Fall. Il considère de façon tout à fait paradoxale que ce procureur « est habitué à faire des sorties médiatiques démesurée avant chaque décision d’une juridiction pour influencer ouvertement celles-ci ». Il en aurait été ainsi le cas le 30 mars et 7 juin 2014 sur les antennes de la RFI où le procureur aurait « récidivé » en organisant « en toute illégalité » une conférence avec les associations des droits de l’Homme qui chercheraient à s’approprier le procès Habré « à l’insu et au détriment des véritables victimes directes et indirectes pour un dessein inavoué ».

Par conséquent, en sa qualité de Point Focal, M. Ousmane Souleymane Haroun dit inviter le procureur Mbacké Fall « à une relecture des textes en vigueur [article 12 des statuts des CAE] au lieu de persister à violer le secret de l’instruction et prendre ouvertement position pour une partie contre les intérêts de l’Etat tchadien ».

Au-delà du caractère discourtois de ces propos et des affirmations sans fondement sur la prétendue violation du secret de l’instruction, il convient de rappeler que le Point Focal n’a aucune compétence juridictionnelle ni aucun pouvoir de « rappel à l’ordre ». M. Ousmane Souleymane Haroun, procureur général près la Cour suprême soit-il, joue un simple rôle de « boite aux lettres » auprès des Chambres africaines extraordinaires. Le décret du 5 juillet 2013 par lequel Idriss Déby l’a nommé à ce poste précise bien qu’il a « rang et prérogatives de secrétaire général de ministère ».

Cela dit, on ne voit pas comment le procureur Mbacké Fall se mettrait « à prendre ouvertement position pour une partie contre l’Etat tchadien », encore que M. Ousmane Souleymane Haroun ne précise pas de quelle « partie » il parle. S’agit-il de Hissein Habré ou des associations de défense des droits de l’Homme ?  Il serait quand même extraordinaire que subitement le procureur des Chambres africaines se mette à prendre partie pour l’ex-chef d’Etat qu’il poursuit en vertu des textes qui le désignent spécialement pour ce faire. Il serait aussi étrange pour un procureur de prendre partie pour des associations de défense des droits de l’Homme qui, à notre connaissance, ne sont partie au procès en aucune qualité (accusée ou partie civile). Enfin, il est quand même inhabituel pour le représentant du ministère public de prendre partie, dans le cadre d’un procès pénal, pour des victimes. Ces dernières, constituées parties civiles, se font assister par des avocats commis d’office ou qu’elles peuvent choisir librement.

Alors, de quelle « partie » parle notre Point Focal ?

A dire vrai, les Tchadiens ne croient pas en la volonté d’Idriss Déby de voir Hissein Habré jugé ailleurs qu’au Tchad. Il a réussi par deux fois à le faire « juger par contumace » et condamner à mort. Mais les associations de défense des droits de l’Homme ainsi que les victimes qui veulent que le procès de Habré englobe également les crimes du « septembre noir » ont milité durement pour un procès hors du Tchad à l’occasion duquel Idriss Déby lui-même devrait être sur le banc des accusés.

Voilà pourquoi certaines personnes ont reçu spécialement pour mission de tergiverser à souhait pour le compromettre définitivement. On peut dire pour l’instant que ces individus sont sur la bonne voie. Mais les Chambres africaines accepteront-elles de juger Habré sans ses présumés complices ?

© Hangaabi

Maître Béchir Madet, le liberator

Ministre de la Justice ou ministre des droits de l’Homme ? Faut-il faut choisir ?

L’heure est grave. Maître Béchir Madet s’octroie des prérogatives exorbitantes et manifestement anticonstitutionnelles. Doté d’une double casquette de Garde des Sceaux et ministre des droits de l’Homme, le Notaire se fourvoie et foule au pied le sacro-saint principe constitutionnel de séparation des pouvoirs (articles 7 et 142).

Et c’est le pouvoir judiciaire qui lui sert de paillasson puisque depuis deux mois Maître Béchir Madet a décidé, en violation totale des règles gouvernant notre procédure pénale, de procéder personnellement à l’élargissement de plusieurs personnes détenues dans les maisons d’arrêt, en sillonnant le pays du sud au nord.

Le 6 mai 2014, à la veille de l’ouverture solennelle de la première session criminelle ordinaire de la Cour criminelle à Bongor, le ministre de la Justice s’est voulu super défenseur des droits de l’Homme. Il a ordonné la remise en liberté de 15 prisonniers sans préciser le texte légal ou réglementaire qui lui permet de se substituer aux autorités judiciaires pour prendre une décision aussi grave de conséquences. Rien ne prouve en effet que sur la liste des personnes libérées ne figurent pas de grands criminels (crime de sang, viol, détournements de deniers publics, etc.)

Le ministre a réitéré la même « infraction » au principe de la séparation des pouvoirs le 8 juin à Mongo et le 12 juin à Abéché en procédant à « la libération des quelques prisonniers illégalement détenus à la maison d’arrêt de ladite ville », rapporte le site internet du Palais rose.

Pourtant, aux termes de l’article 482 du code de procédure pénale, seuls les magistrats du ministère public et les juges d’instruction auxquels « est dénoncée la détention irrégulière d’une personne dans un établissement pénitentiaire [sont tenus] de procéder sur-le-champ aux vérifications nécessaires ». Dans l’hypothèse où une détention arbitraire est avérée, la remise en liberté est immédiatement ordonnée d’office par la chambre d’accusation (article 246 du code) ou sur réquisitions du procureur général.

Le ministre de la Justice n’a aucun pouvoir pour ordonner la remise en liberté d’une personne, soit-elle détenue illégalement. Quand bien même il estime que des personnes sont détenues arbitrairement et qu’il convient de les remettre en liberté, le ministre de la Justice est tenu de procéder comme il est dit à l’article 194 du code de procédure pénale : « le ministère public est placé sous l’autorité du ministre de la Justice. Celui-ci peut dénoncer au procureur général les infractions dont il a connaissance, lui enjoindred’engager ou de faire engager des poursuites ou de prendre telles réquisitions que le ministre juge opportunes. Le ministère public est tenu de s’y conformer… ».

Voilà qui est parfaitement clair. Le ministre de la Justice n’a aucun pouvoir judiciaire.

La question se pose donc de savoir si ses attributions de ministre des droits de l’Homme lui confèrent-elles des pouvoirs propres qui le dispensent de respecter les règles de procédure pénale auxquelles il est soumis en tant que ministre de la Justice ?

Si la réponse est oui, alors Maître Béchir Madet jouit des pouvoirs supra-constitutionnels qu’aucun texte national ou international applicable au Tchad ne reconnaît même au Président Idriss Déby. De là à penser qu’il se prépare pour 2016….

Le premier ministre Kalzeubé Pahimi doit mettre fin à cet amateurisme qui ressemble fort à une dérive inquiétante.

©Tchadoscopie

L’ours de Presse-Hangaabi

Directeur de la Publication : Mustapha B. Hattaby | Rédaction : Chroniqueurs bénévoles et Mustapha B. Hattaby

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