Thomas Dietrich : Veni, vidi… viré !

Thomas Dietrich : Veni, vidi… viré !

On espérait le voir récompensé et porté au pinacle pour son audace et son amour affirmé pour le Tchad. Le voilà vilipendé par des enfants de Toumaï qui tiennent jalousement à laver leur linge  sale en famille. Strictement en famille.

Le jeune écrivain français, Thomas Dietrich, s’est imprudemment rendu à N’Djamena ce week-end et a fait connaître sa présence dans la capitale tchadienne via Facebook.  Dans un message diffusé sur ce réseau social, il évoque le cas des leaders de la société civile emprisonnés avant d’être jugés et condamnés et parle de « manifestations réprimées ».

Il y dénonce aussi « les violations des droits de l’Homme » et dit s’être rendu à N’Djamena pour donner une autre ampleur à son combat, et être « prêt à risquer sa vie pour des rêves ». Il affirme enfin être « pleinement conscient des risques [encourus] en posant le pied sur le sol tchadien et en affrontant une dictature ».

Aussitôt ce message diffusé et relayé sur Facebook, Thomas Dietrich a été localisé par les limiers de l’ANS puis interpellé sans ménagement, interrogé semble-t-il sur ses contacts au pays de Toumaï, avant d’être  conduit illico à l’aéroport Hassan Djamous pour être mis dans le vol Air France à destination de Paris. L’avion n’a finalement pas pu décoller hier soir.

Mais fermement décidées à faire expulser dare-dare ce Français qui se définit comme « opposant à Déby », les autorités n’ont pas attendu le vol Air France prévu pour ce lundi à 23h. Dès l’aube du lundi, Thomas Dietrich a été  conduit à l’aéroport et mis dans un avion à destination de Douala où il devra prendre ce soir un vol pour Paris.

Même pas peur du qu’en-dira-t-on international. Ce régime en a expulsé des plus coriaces : d’Alain du Boispéan à Sonia Rolley en passant par Stéphanie Braquehais, le régime tchadien a montré qu’il reste maître de son territoire. Et peut-être même de celui des autres à l’instar du Sénégal d’où il a réussi à faire expulser Makaila Nguebla.

Curieusement, la décision des autorités de N’Djamena d’expulser T. Dietrich, aussi brutale soit-elle, a reçu le soutien de la quasi-totalité des internautes. L’arrivée dans la capitale tchadienne de l’écrivain français, connu par la communauté des internautes pour ses prises de position radicales contre le régime de N’Djamena, semble en effet avoir été très mal perçue par nos compatriotes, tous bords politiques confondus.

Pro et anti Déby ont, pour une fois, accordé leurs violons pour dénoncer une tentative d’immixtion dans la politique intérieure. Des commentaires et propos critiques aux relents nationalistes, voire anticolonialistes, ont fusé toute la nuit. Certains comparent sa démarche à celle de BHL (Bernard-Henri Levy) dont les accointances avec des résistants libyens ont définitivement jeté la Libye dans le chaos. D’autres le qualifient sans circonlocutions de « mercenaire ». Une vox populi survoltée !

Les arguments de ceux qui voyaient en Thomas Dietrich un révolutionnaire internationaliste, rejeton spirituel de Frantz Fanon ou clone de Che Guevara, ont été balayés d’un revers par une jeunesse résolument tournée vers l’Afrique, en particulier vers le Tchad, pour y trouver des solutions aux souffrances de nos compatriotes.

Le moment choisi par T. Dietrich pour se rendre à N’Djamena n’était sans doute pas le meilleur qui soit. Jamais, de mémoire, avant ce mois d’avril 2016, les Tchadiens n’ont été aussi déterminés à s’approprier pacifiquement, mais fermement, leur combat; à prendre leur destin en main. La campagne pour la réélection présidentielle annoncée a définitivement libéré leur parole. Ils montrent qu’ils n’ont plus peur de personne, allant jusqu’à brandir publiquement, et devant les forces de l’ordre, des slogans hostiles au régime de N’Djamena. Ils refusent désormais d’être infantilisés et démontrent qu’ils sont suffisamment adultes pour assurer leur propre défense.

J’ose néanmoins croire que l’idéal politique poursuivi par l’auteur de Les Enfants de Toumaï et son amour sans doute sincère pour ce pays et sa population dont il a maints fois réaffirmé son attachement seront un jour reconnus par nos compatriotes.

Thomas Dietrich disait mesurer les risques qu’il prend en foulant le sol tchadien.  Alors veni, vidi, mais viré avant même d’avoir eu le temps de s’acclimater. Le sol tchadien est décidément bien différent de celui de Tshipopo, là où la terre est rouge.

L.A

Comments

  1. Ibrahim says:

    c’est cas même un manque du respect a l’égard de mon pays de venir soi-disant libérés les tchadiens .Certe, c’est vraiment touchant et courageux de sa part mais cette lutte n’est pas la tienne. Un tchadien ne pourra cas même pas rester en France et manqué du respect au président français donc il n’a aucun prérogative de vraiment nous manqué du respect de cette façon .

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Directeur de la Publication : Mustapha B. Hattaby | Rédaction : Chroniqueurs bénévoles et Mustapha B. Hattaby

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