Réélection 2016 : les urnes ou les armes, faites votre choix !

En avril prochain, le rêve d’alternance tournera court.  Pile ou face, Idriss Déby gagnera. Tous les autres candidats, aussi bien ceux investis par un parti politique que ceux soutenus par 10.000  électeurs,  n’auront qu’un seul et unique choix à faire : accepter démocratiquement leur défaite. Qu’ils ne s’avisent pas d’aller trop crier à la fraude. Bien au contraire. Ils devront se déclarer vaincus, se montrer fair-play et remercier les mini quotas d’électeurs (entre 1% et 6%) que la CENI aura bien voulu leur accorder. Lot de consolation pour avoir fait primer la démocratie. C’est plus qu’un simple comportement attendu d’eux. C’est une obligation morale qu’ils devront respecter.

Un homme averti sait parfaitement à quoi s’attendre.

Le Général de corps d’armée, encensé par la presse internationale et soutenu par la clique à François Hollande depuis son intervention au Mali, a prévenu l’opinion et ses éventuels adversaires que cette élection sera remportée par les urnes ou imposée par les armes, l’intérêt supérieur de la Nation en dépendrait.  Il y a six mois, d’une voix assurée du potentat qui ne doute plus de rien parce que se sachant soutenu par des puissances étrangères décomplexées, Idriss Déby a lancé à la surprise générale, manifestement feinte : « quitter le pouvoir pour laisser le pays dans le désordre, non. C’est une responsabilité historique ».  C’était le 11 août 2015 à Abéché, face aux cameras de plusieurs chaînes de télévisions nationales et africaines réunies pour la circonstance sous l’air frais d’un arbre imposant planté au milieu de la cour d’une résidence d’Etat.

Les moins ambitieux de nos politiques ont intégré la leçon. Parmi eux, Pahimi Padacké Albert.  Candidat malheureux en 2011 et potentiel candidat jusqu’au début de ce mois de février 2016, le transfuge de Viva Rndp est fatigué de subir des défaites humiliantes. Il a préféré s’avouer d’avance vaincu. Il ne sera ni le Mitterrand ni le Wade tchadien. Le Tchad n’est pas le Sénégal. Il n‘a rien de comparable à la France. C’est évident. Chez nous, autant qu’ailleurs, il y a eu plusieurs alternances. Mais chez nous, plus qu’ailleurs, les alternances se font par les armes : Tombalbaye, Malloum, Choua, Goukouni, Habré, Déby.  4 potentats  et 1 intérimaire, une sorte de Catherine Samba Panza avant l’heure, qui n’ont jamais affronté personne aux urnes.  Et enfin 1 démocrate totalitaire qui, plus de force que de gré, se succède à lui-même depuis plus de deux décennies.

Pahimi Padacké Albert ayant fait reddition, c’est un « immense petit candidat » en moins à affronter. Arrivé deuxième en 2011, la CENI lui a gracieusement accordé 6% des suffrages exprimés. Ajoutés aux 88% de Déby lors du même scrutin, l’éternel candidat à sa propre succession frise le plébiscite. 94%. C’est le chiffre que retiendra la CENI pour 2016. Les candidats restant se partageront le solde des suffrages, savoir 5,99%. La démocratie totalitaire est sauve !

Réélu ‘‘démocratiquement’’ en avril 2016, Idriss Déby, le père de la démocratie, l’artisan de la Renaissance, le Sauveur du Mali, l’Exterminator des kamikaze, le Hulk du désert,  le Toretto du cheval, le 007 du terrorisme en Afrique… ne laissera personne « semer le désordre dans ce pays » qu’il a dans la peau, cette terre natale qu’il adore plus que tout, cette nation déchirée qu’il a rafistolée à son corps défendant après tant d’années de lutte contre « les forces du mal ». Il en garde encore les stigmates dans la chair. C’est donc avec une assurance certaine qu’il a réaffirmé sa détermination à lutter contre ceux qui disent vouloir s’opposer à sa réélection lors du congrès extraordinaire de son parti qui l’a investi pour être de nouveau candidat à sa propre succession.

Aucune contestation du scrutin d’avril 2016, déjà gagné, ne sera tolérée.

La menace vise principalement les associations de la société civile, en particulier la CTDDH, le CAMOJET et la jeunesse, essentiellement des élèves et étudiants, en colère qui se sont donné pour mission d’œuvrer pour l’alternance, jugeant le pouvoir autocratique d’IDI source de diverses injustices et d’inégalités inadmissibles.

A ceux-là, face à leurs critiques sévères mais légitimes pouvant provoquer de graves troubles à l’intérieur du pays, il veut déjà donner des gages qu’il sera désormais un homme nouveau, un président à l’écoute du peuple. Il souhaite que la jeunesse puisse commencer à lui faire confiance pour la suite de la présidentielle. Un premier message sur Facebook pour dénoncer un viol collectif et des instructions fermes au procureur général pour faire appliquer « la loi dans toute sa rigueur » aux auteurs « présumés coupables » dudit viol.

Des promesses jugées opportunistes et bien maigres face aux immenses attentes des Tchadiens.

L’affaire du viol de Zouhoura n’est en effet que la goûte d’eau qui a fait déverser le vase trop plein des injustices subies depuis un quart de siècle. Les Tchadiens assistent, depuis 25 ans, impuissants face au pillage systématique des deniers publics par les plus hauts responsables du pays qui bénéficient d’une insolente impunité. Pire, ils se sentent trahis dans leur confiance et insultés dans leur intelligence quand le même Idriss Déby ose se dresser fièrement devant les cameras pour dénoncer les pillages opérés par ses ministres et promettre des sanctions exemplaires mais fait exactement le contraire quelques mois plus tard. Combien d’anciens ministres et autres responsables politiques reconnus coupables de détournements manifestes de deniers publics sont encore rappelés au gouvernement ? Combiens de ministres ont pillé et pillent encore systématiquement les dotations de leurs ministères sans être inquiétés le moins du monde ?

Réélu par les urnes ou grâce aux armes (acquises massivement ces dix dernières années pour dissuader toute velléité révolutionnaire), Idriss Déby est en réalité un homme définitivement affaibli, irréversiblement diminué. Il n’est plus le puissant général et le renard politique qu’il fut. D’après plusieurs indiscrétions de ceux qui ont leur accès à la présidence de la République, le Général ne contrôle absolument plus rien.  Tel le vieux Biya du Cameroun, il est maintenu au pouvoir, les fesses scotchées au fauteuil présidentiel, par son entourage qui n’entend jamais arrêter de se repaître  allègrement, et sans la moindre once de décence, des privilèges qu’offre l’exercice ploutocratique du pouvoir.

Les 136 milliards Fcfa découverts au domicile de l’un d’entre eux, déjà accusé d’être immensément riche grâce aux produits de pillages, viennent corroborer les soupçons d’un maintien forcé d’IDI au pouvoir par des membres de sa famille élargie. Ces 136 milliards, les autorités judiciaires et du ministère des finances savaient bien qu’ils manquaient dans les caisses de l’Etat mais n’osaient pas les réclamer à son altesse sérénissime SDI. Il a fallu que le président de la République, privé des revenus pétroliers, intervienne personnellement pour les récupérer afin, dit-on, de renflouer le trésor public peinant à payer les traitements des fonctionnaires.

On comprend alors aisément pourquoi Idriss Déby se dit plus que jamais déterminé à rester au pouvoir, de gré ou de force, à vie.  Le confort financier de ses proches en dépend.

Le président choisit sa famille contre le peuple au lieu de considérer que sa famille fait partie du peuple et qu’elle n’est en rien supérieure à lui.

Le peuple averti sait à quoi s’attendre.

L’alternance n’est pas pour avril 2016. 

Non, pas encore !

L.A

Comments

  1. Maxime Baboguel says:

    l’espoir est toute fois permis!
    Nous savons que cette fois ci la biometrie (reductrice des cas de fraude) nous conduira a un second tour. Et peut etre sans IDI tellement l’opposition est engagée et gagnante d’audience.
    En tout cas, on aura tout pronostiquer.

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Directeur de la Publication : Mustapha B. Hattaby | Rédaction : Chroniqueurs bénévoles et Mustapha B. Hattaby

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