Au Tchad, sous le beau climat de l’impunité

Des employeurs Chinois bafouent le droit syndical sous le silence complice des pouvoirs publics

Au-delà de ce qui tient de leur propre conception des rapports individuels et collectifs du travail, les Chinois ont surtout compris qu’au Tchad, plus que nulle part ailleurs en Afrique, les lois de la République sont des coquilles vides. Elles sont  bafouées par les plus hautes autorités elles-mêmes : fraudes électorales, détournements massifs des deniers publics, népotisme exacerbé et nauséabond, poursuites judiciaires arbitraires des députés et journalistes, sont des pratiques courantes de ceux qui gouvernent le pays depuis 23 ans.

Les travailleurs tchadiens employés dans les champs pétroliers des entreprises chinoises dans les régions de Bongor et Moundou sont à leur troisième jour de grève déclenchée depuis vendredi 17 janvier 2013. Il s’agit d’une action collective tendant à dénoncer la violation par les dirigeants Chinois de l’exercice du droit syndical (création d’organisations syndicales, élections des délégués du personnel, etc.) au sein de leurs entreprises.

Les grévistes seraient déterminés à ne reprendre le travail qu’à la double condition que les élections des délégués du personnel soient autorisées et que les dirigeants de nationalité chinoise à l’origine du blocage quittent les sociétés.

Une action collective parfaitement légitime. Car la liberté syndicale est une des valeurs défendues par l’Organisation Internationale du Travail dont le Tchad, pays membre, a ratifié depuis le 10 novembre 1960 la Convention (n° 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical.  Aux termes de cette convention fondamentale, les travailleurs et les employeurs ont le droit, sans autorisation préalable, de constituer des organisations de leur choix et de s’y affilier.

La liberté syndicale est surtout reconnue, dans notre pays, par la Constitution (art. 28). Et le Code du travail rappelle que « les travailleurs, sans distinction  d’aucune sorte, ont le droit de constituer librement  des syndicats de leur choix […] Ils ont le droit d’y adhérer librement » (art. 294).

Alors, de quel droit les dirigeants des sociétés chinoises croient pouvoir dénier à leurs employés tchadiens le droit de constituer des syndicats et d’élire leurs délégués du personnel ?

Il est vrai qu’« en Chine, aucun syndicat ne peut être créé en-dehors de la Fédération syndicale panchinoise  (ACFTU), une ‘‘organisation de masse’’ utilisée par le Parti communiste comme courroie de  transmission et instrument de préservation de la stabilité sociale » (cf. Rapport d’enquête FIDH 2013 : Les travailleurs chinois à la conquête de leurs droits).

Dans ce pays considéré comme la première usine de la planète, « la liberté d’association, les négociations collectives et le dialogue social sont totalement  absents ».

Mais au-delà de ce qui tient de leur propre conception culturelle des rapports individuels et collectifs du travail, les Chinois ont surtout compris qu’au Tchad, plus que nulle part ailleurs en Afrique, les lois de la République sont des coquilles vides. Elles sont  allègrement bafouées par les plus hautes autorités elles-mêmes : fraudes électorales, détournements massifs des deniers publics, népotisme exacerbé et nauséabond, poursuites judiciaires arbitraires des députés et journalistes, sont des pratiques courantes caractéristiques de ceux qui gouvernent le pays depuis 23 ans.

On se souvient du refus d’application d’un accord salarial signé entre le gouvernement et les responsables syndicaux en novembre 2011, accord aux termes duquel le gouvernement s’était engagé à revaloriser des salaires des fonctionnaires dès le début de l’année 2012. Les dirigeants des syndicats qui ont appelé à la grève en 2012 pour obtenir l’application de cet accord ont été lourdement condamnés par la Justice sous des faux prétextes.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas tout simplement hurler avec les loups du régime au pouvoir et les aider à mieux piétiner les droits syndicaux et sociaux des travailleurs tchadiens ? Ceux qui gravitent au sommet de l’Etat multiplient les entraves à l’exercice du droit syndical dans la Fonction publique et violent impunément les droits des travailleurs. Il n’y a donc aucune raison pour des employeurs étrangers de s’en priver lorsque les risques encourus sont quasi-inexistants.

Les Chinois ne sont pas à leur première infraction aux lois de la République. Déjà, en août 2013, la China National Petroleum Corporation International Chad (CNPCIC) a été prise en flagrant délit de violation des normes environnementales. Elle a déversé du brut à même le sol  à Koudalwa (environ 200 km au sud de N’Djamena), de surcroît sans prendre la moindre précaution pour préserver la santé des travailleurs astreints à la tâche. Suspendue quelques jours pour soi-disant « pollution grave et intentionnelle », le temps pour les autorités mafieuses de tromper la vigilance des organisations de protection de l’environnement, la CNPCIC a pu reprendre normalement ses activités. Au Tchad, bien sûr, sous le beau climat de l’impunité.

©Tchadoscopie

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Directeur de la Publication : Mustapha B. Hattaby | Rédaction : Chroniqueurs bénévoles et Mustapha B. Hattaby

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