Tchad : quand des fonctionnaires des ambassades sortent de leur devoir de réserve

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Nous avons assisté, il y a quelques années, à une salve de critiques particulièrement corrosives adressées (presque quotidiennement) à M. Ahmad Allam-mi, alors ministre des affaires étrangères, par un ancien diplomate en poste à Washington (USA), répondant au nom de Hassan Mayo Abakaka. La décharge était d’une telle puissance qu’elle a contraint le ministre à répliquer par une sorte de « droit de réponse » pour calmer définitivement le diplomate en rupture de ban.

Cet épisode a provoqué un appel d’air et délié les langues. C’est ainsi qu’en 2009 une des plus belles plumes de l’administration, Talha Mahamat Allim, alors en poste à la représentation diplomatique tchadienne à Genève (Suisse), n’a pas hésité à violer son devoir de réserve pour porter sur la place publique les reproches d’ordre professionnel qu’il entendait formuler à l’endroit de l’Ambassadeur Bamanga Abbas. Après avoir réitéré le procédé, la sanction est tombée : limogé sans autre forme de procès sur proposition de Moussa Faki Mahamat, ministre des affaires étrangères, qui a ainsi choisi de renouveler sa confiance à Bamanga Abbas.

Le but visé était bien évidemment de dissuader tout fonctionnaire ou diplomate qui serait tenté par l’envie irrépressible de critiquer ouvertement les pratiques de nos représentants, préjudiciables soient-elles pour l’intérêt du Tchad, sans en référer au préalable à la hiérarchie. Diplomate, c’est un sacerdoce.

Mais Talha Mahamat Allim, profondément marqué par la trahison dont il a été victime de la part de son ministre, a continué à délivrer indirectement à celui-ci et à l’opinion nationale en général des « messages » sur le fonctionnement de notre diplomatie et l’urgence qu’il y a à la repenser « face à une scène internationale en perpétuelle transformation » (sic).

Si le Genevois n’a pas fait des émules parmi ses collègues, carriéristes animés par la réussite personnelle plutôt que par celle de l’Etat, il reste qu’il a inspiré un certain Gore Mbaïtoloum, présenté un temps comme attaché de presse de l’Ambassade du Tchad aux USA. Dans une lettre ouverte publiée ce matin sur les blog et sites internet tchadien, G. Mbaïtoloum dénonce une sorte d’amateurisme de SEM  Maïtine Djoumbé et lui impute la responsabilité d’avoir laissé divulguer à des Étrangers des « documents  confidentiels » sur le Tchad. Il lui reproche également de ne pas maîtriser l’environnement politique des Etats-Unis. Bref, Maïtine Djoumbé serait un autre incompétent à la place qu’il ne fallait pas.

Outre les fonctionnaires en poste à l’étranger, il semble que de simples citoyens de la diaspora tchadienne ont également décidé d’exprimer leur ras-le-bol. Ils ne veulent plus assister indifférents face à l’incompétence et à la gabegie des diplomates qui, « dans un Etat normal » (pour reprendre l’expression de Hassan Abakaka Mayo), n’auraient jamais pu s’imaginer un seul instant en « ambassadeur ».

En septembre 2012, c’était le secrétaire général de la section du MPS à Bruxelles, Monsieur Olivier Ndilmbaye Ndilédé, qui s’interrogeait sur la véritable destination des fonds (1 milliard de Fcfa) alloués à la réfection de la représentation du Tchad en Belgique. Il affirmait que cette somme « a servi à tout sauf à l’intérêt général ».

Depuis, Ahmat Awad Sakine, l’ambassadeur indexé, a été muté.

Moussa Faki, qui a décidé de loger définitivement au Ministère des affaires étrangères, n’aura bientôt plus d’autre choix que de passer au Karcher nos représentations diplomatiques ankylosées par l’inertie et souillées par toute sorte de comportements indignes d’un Etat qui revendique une place de puissance militaire et diplomatique sur le plan international.

 © Tchadoscopie

 Thèmes et commentaires

Tchad | Chronique d’une condamnation prématurément annoncée

Pressés de voir  tous les journalistes de la presse privée derrière les barreaux, leurs confrères de la presse présidentielle ont encore frappé sans prendre les précautions nécessaires pour s’assurer qu’ils ne divulguent pas une fausse information judiciaire sur leur site internet.

En effet, d’après une dépêche dont Tchadoscopie s’en est fait l’écho hier, le site internet du Palais Rose a balancé avec une délectation malsaine que « le Directeur de publication du journal Abba Garde, M. Mousseye Avenir de La Tchiré, […] est condamné à 2 ans de prison ferme et à payer une amende d’un million de F CFA ».

Dès la publication de cette annonce, Tchadoscopie attirait l’attention des lecteurs sur le caractère erroné de cette information compte tenu des propos différents de sources indépendantes provenant du Palais de justice de N’Djamena où le journaliste a comparu devant la chambre correctionnelle.

Il est désormais avéré que, contrairement aux insinuations du site internet du Palais Rose, M. Moussaye Avenir de la Tchiré n’a pas été condamné à une peine mixte de 2 ans d’emprisonnement et amende de 1 million de Fcfa. Il s’agit là de simples « réquisitions du procureur » qui ne scellent pas le sort du journaliste.

Pour rétablir la vérité, il convient de préciser la chronologie des événements :

 1)     Moussaye Avenir de la Tchiré a comparu le 22 août 2013 devant la chambre correctionnelle du Tribunal de première instance de N’Djamena pour être jugé du « délit d’incitation à la haine tribale, raciale et religieuse » prévu à l’article 66 de la loi du 31 août 2010 sur le régime de la presse.

 2)     Le procureur de la République, lors de cette audience du 22 août, a demandé que Moussaye Avenir de la Tchiré soit retenu dans les liens de la prévention et requis contre lui une peine de 2 ans d’emprisonnement ferme et une amende de 1 million de Fcfa.

 3)     Les avocats de Moussaye Avenir de la Tchiré ont plaidé la relaxe de leur client en invoquant la liberté de la presse et son rôle essentiel dans la construction d’un Etat de droit.

 4)     La chambre correctionnelle du Tribunal, après avoir entendu le prévenu, le procureur et les avocats du prévenu, a décidé de s’accorder un délai de 7 jours pour rendre son jugement. C’est donc le 29 août que sera rendu le délibéré (jugement). Ceci est confirmé dans le communiqué de Reporter Sans Frontières.

Il apparaît qu’à ce stade, Moussaye Avenir de la Tchiré n’a pas encore été condamné. Il reste présumé innocent.

Plusieurs scénarios sont donc attendus le 29 août 2013 :

1)     La chambre correctionnelle du Tribunal de N’Djamena suit les réquisitions du Procureur : Moussaye Avenir de la Tchiré sera condamné à 2 ans d’emprisonnement ferme et une amende de 1 million de Fcfa. Dans cette hypothèse, les avocats du prévenu feront appel dans la mesure où la peine d’emprisonnement de 2 années est la peine maximale prévue par l’article 66 de la loi du 31 août 2010 relatif au régime de la presse.

 2)     La chambre correctionnelle du Tribunal de N’Djamena fait droit à la demande des avocats du prévenu : Moussaye Avenir de la Tchiré est relaxé, remis en liberté. Dans  cette hypothèse, c’est le procureur de la République qui fera appel du jugement, sauf avis contraire de sa hiérarchie (procureur général ou Garde des Sceaux).

 3)     La chambre correctionnelle passe outre les réquisitions du procureur et décide de se montrer sévère : Moussaye Avenir de la Tchiré sera condamné à 2 ans d’emprisonnement ferme et 3 millions de Fcfa d’amende, maximum prévu par l’article 66 de la loi du 31 août 2010 relatif au régime de la presse.

 4)     La chambre correctionnelle suit partiellement les réquisitions du procureur, considère que le prévenu a enfreint la loi, le déclare coupable mais souhaite néanmoins se montrer clémente eu égard au contexte de l’affaire dans laquelle deux journalistes ont déjà été condamnés à des peines d’emprisonnement avec sursis : Moussaye Avenir de la Tchiré sera condamné à une peine mixte d’emprisonnement avec sursis (total ou partiel) et une amende avec ou sans sursis. Ou seulement à l’une des deux peines (avec ou sans sursis) dans les limites fixées par la loi du 31 août 2010.

 5)     etc.

Où l’on voit qu’une foule de possibilités demeure à la disposition du tribunal qui reste souverain dans son appréciation des faits et, dans l’hypothèse d’une déclaration de culpabilité, libre dans son pouvoir de moduler les éventuelles sanctions en tenant compte de la personnalité du prévenu (dont le casier judiciaire est vierge).

 Délibéré le 29 août.

©Tchadoscopie

Thèmes et commentaires

Le nouveau tchadoscopie

Après 5 années de présence sur Overblog, l’éditeur du blog tchadoscopie.com lance un petit site internet du même nom mais avec une extension en « .net ». Le nouveau site s’appelle donc tchadoscopie.net. Il est propulsé par WordPress. Toutefois, la ressemblance avec le blog tchadoscopie.com s’arrête à l’homonymie entre les deux plateformes. Car, à la différence de son ainé, tchadoscopie.net n’est pas un site internet destiné à dupliquer les dépêches des agences de presse (AFP, Reuters, APA, PANA, etc.) habituellement reprises par le blog tchadoscopie.com. Le nouveau site internet est dédié exclusivement à l’analyse des actualités politique et sociale du Tchad.

Pour cela, la rédaction, renforcée par l’arrivée d’un troisième bénévole, continuera à observer principalement les mises à jour du site internet presidencedutchad.org pour ses dépêches (et, dans une certaine mesure pour ses « documents officiels » : la version de la constitution publiée sur ce site ne serait pas la bonne ; Idriss Déby n’aurait pas signé un décret de grâce pourtant publié sur ce site… tant d’incohérences néfastes à l’information.). Mais la Rédaction observera également les mises à jour du site tchadonline.com (pour ses excellents enregistrements vidéo) ainsi que celles des autres sites tchadiens (tchadanthropus, tchadpages, makaila… pour leur scoop et documents exclusifs). Le but est de pouvoir participer de façon effective et efficace au débat politique et social nécessaire à la défense des valeurs et des idéaux dans un Etat de droit. Il est aussi de garantir aux lecteurs une information politique diversifiée qui ne les prive pas de la capacité d’exercer leur liberté d’opinion.

Bien entendu, pour accélérer le référencement sur les moteurs de recherche, quelques articles phares déjà publiés sur le blog tchadoscopie.com ont été transférés sur tchadoscopie.net. Il ne s’agit pas de faire peau neuve avec du vieux. Nous avons sélectionné les articles les plus consultés en 2013 et quelques autres qui figurent encore sur le Sidebar depuis 2009 en raison de leur grande popularité. Le transfert d’un maximum de 50 articles (sur plus de 500) est prévu et sera effectif au plus tard à la fin du mois d’août. Le blog tchadoscopie.com continuera à informer ses lecteurs avec la même passion en choisissant les articles les plus pertinents. Tenant compte des occupations professionnelles des rédacteurs, les publications sur tchadoscopie.net se feront, elles, dans un premier temps, « au fil de l’eau », puis de façon ponctuelle sous forme d’édition hebdomadaire dès la fin du mois de septembre. Nous essaierons de faire du mieux possible pour grignoter, chacun, sur notre temps de travail un laps de temps pour rendre productif le bénévolat au service de l’information.

 tchadoscopie.com et tchadoscopie.net sont la propriété exclusive de l’éditeur Press-Hangaabi®

La Rédaction

Mort de Jacques Vergès

PORTRAIT – Le défenseur de Klaus Barbie et de Carlos s’est éteint ce jeudi à l’âge de 88 ans…

Jacques Vergès, un des avocats les plus controversés et redoutés du barreau de Paris, est mort jeudi d’un arrêt cardiaque à l’âge de 88 ans, la profession saluant un «chevalier» de la défense «courageux» et «indépendant», un «géant» parfois engagé «du mauvais côté».

«Me Jacques Vergès est mort d’un arrêt cardiaque vers 20h dans la chambre de Voltaire, précisément quai Voltaire à Paris, alors qu’il s’apprêtait à dîner avec ses proches. Un lieu idéal pour le dernier coup de théâtre que devait être la mort de cet acteur-né», car «à l’instar de Voltaire, il cultivait l’art de la révolte et de la volte-face permanentes», selon un communiqué des éditions Pierre-Guillaume de Roux, qui avaient publié ses mémoires en février (De mon propre aveu-Souvenir et rêveries).

«On ne pensait pas que ça viendrait aussi vite»

Le président du Conseil national des barreaux, Christian Charrière-Bournazel, avait dîné avec lui il y a une dizaine de jours.

«Il avait fait une chute il y a quelques mois, et du coup il était très amaigri, marchait très lentement. Il avait des difficultés à parler mais intellectuellement il était intact. On savait que c’était ses derniers jours mais on ne pensait pas que ça viendrait aussi vite», a-t-il raconté.

Narcissique et médiatique

Ce pénaliste narcissique et médiatique a eu une vie de personnage de roman: résistant, encarté au PCF qu’il quitte en 1957 car «trop tiède» sur l’Algérie, militant anti-colonialiste -il épousera d’ailleurs Djamila Bouhired, héroïne de l’indépendance et poseuse de bombes du FLN algérien, condamnée à mort mais finalement graciée-, il s’était imposé comme le défenseur de personnalités condamnées par l’Histoire au motif que, selon lui, «les poseurs de bombes sont des poseurs de questions».

De petite taille, rond, le visage lisse et ironique, arborant fines lunettes rondes et coupe en brosse, cet amateur de cigares (des Robusto) était proche de personnalités politiques du monde entier mais aussi de militants de l’ombre, tels les membres de l’internationale terroriste des années 70 et 80, le «révolutionnaire» vénézuélien Carlos, l’activiste libanais Georges Ibrahim Abdallah, le criminel de guerre nazi Klaus Barbie, le dictateur yougoslave Slobodan Milosevic ou l’ancien dirigeant Khmer rouge Kieu Samphan.

Un géant du barreau

A la question «comment peut-on être l’avocat de Saddam Hussein?» posée par France Soir en 2004, il avait répondu: «Défendre Saddam n’est pas une cause perdue. C’est défendre (le président américain George W.) Bush qui est une cause perdue».

Avocate de Carlos, Isabelle Coutant-Peyre avait débuté en 1981 à son côté. «Cela a été une chance incroyable», a-t-elle déclaré à l’AFP, «il avait une vision politique exemplaire du métier d’avocat et une expérience unique dans les grandes luttes du XXe siècle».

«Les grands arbres qui bordaient les allées de notre profession tombent. (…) Quand il défendait Klaus Barbie, j’étais du côté des parties civiles. J’étais du bon côté, il était du mauvais, mais c’est ce qui fait la démocratie», a réagi le député FN Gilbert Collard.

Huit ans de silence

«Il n’y a pas beaucoup de géants au barreau, mais lui incontestablement en était un», avec «une période glorieuse quand il défendait le FLN algérien et une moins glorieuse quand il a commencé à défendre des mouvances terroristes comme la bande à Bader», a jugé l’avocat Georges Kiejman.

Me Charrière-Bournazel a salué «un très brillant avocat», «courageux» et «indépendant». «Un avocat, ce n’est pas un mercenaire, c’est un chevalier, et Jacques Vergès était un chevalier», a-t-il résumé.

En 1970, Me Vergès avait disparu pendant huit ans, laissant depuis planer le mystère. Etait-il au côté de Palestiniens? Dans le Congo post-Lumumba? Au Cambodge de Pol Pot? Il se bornera à évoquer de «grandes vacances très à l’est de la France».

«Il y a beaucoup de fantasmes» sur cette période, mais «je ne pense pas du tout que Jacques Vergès était quelqu’un à se mettre du côté de tyrans et de tortionnaires», a estimé Me Charrière-Bournazel.

 Avec AFP

 

Mondiaux d’athlétisme : le Roi Bolt remporte le 200 m

Pour cette huitième et avant-dernière journée des Mondiaux d’athlétisme de Moscou, le Jamaïcain Usain Bolt, déjà sextuple champion du monde, a à nouveau fait tomber la foudre samedi soir, en remportant comme prévu la finale du 200 m, en 19″66. Mais son propre record du monde (19″19) tient toujours…

Du côté des Français, c’est encore une journée blanche : en finale du 4x400m féminin, le relais composé de Lénora Guion-Firmin, Marie Gayot, Muriel Hurtis et Floria Guei a terminé à la 4e place, tandis que Cindy Billaud a terminé 7e de la finale du 100m haies et Benjamin Malaty n’a pu faire mieux que 28e du marathon.

Le Monde

L’ours de Presse-Hangaabi

Directeur de la Publication : Mustapha B. Hattaby | Rédaction : Chroniqueurs bénévoles et Mustapha B. Hattaby