Tchad | Déby occulte « septembre noir »

Suite à l’interpellation de l’ex-chef d’Etat Hissein Habré et son placement en garde à vue à Dakar, le président Idriss Déby a fait le 1er juillet 2013 une sorte de « déclaration à la nation » dans laquelle il demande aux Tchadiens de se rappeler que «  en 1978 et 1979, quand [Hissein Habré] était Premier ministre sous feu Général Malloum, il avait massacré des ethnies entières à Aramkolé, des ethnies arabes, parmi lesquelles les Erigates et les Ouled id. Les rescapés ont fui et sont allés au Soudan, d’où ils ne sont jamais revenus. […] à la même période, il avait massacré des érudits musulmans, de grands Imams du Tchad ».

De nouvelles charges donc, jamais invoquées jusque-là ni par l’Etat tchadien ni par les victimes présumées, mais que Déby essaie de faire peser sur l’ancien chef d’Etat qui, faut-il le préciser, n’est poursuivi que pour les faits commis durant son règne de juin 1982 à décembre 1990.

S’agissant de cette période 1982-1990, Idriss Déby ne tarit pas de précisions macabres : « Habré a décimé des familles entières » affirme-t-il comme s’il s’agissait de faits commis personnellement par l’accusé alors qu’il est, dit-on, poursuivi non pas en tant que « coupable » mais seulement en tant que « responsable » d’avoir mis en place une institution, la DDS, dont la finalité (sécurité) a été totalement détournée par les agents en charge qui ont abusé en toute impunité de leur pouvoir en endeuillant de nombreuses familles.

Poursuivant la salve contre son illustre prédécesseur, Idriss Déby maintient que « les charniers se trouvent dans toutes les régions du Tchad, œuvre de son bras armé, la DDS (la tristement célèbre Direction de la Documentation et de la Sécurité) ». Et, entretenant délibérément l’amalgame, le chef de l’Etat affirme de façon totalement délirante que la période 1982-1990 « est une sombre période pour les rescapés de 78 ou leurs progénitures, les veuves et les enfants de ces érudits imams, les veuves et les enfants des Erigats et des Ouled id ».

Le procureur Mbacké Fall va devoir s’atteler à remettre à l’endroit la chronologie des évènements.

Sans doute parmi ceux qui ont vécu ces massacres, certains sont encore vivants pour apporter leur témoignage afin de contribuer à la manifestation de la vérité.

Mais le constat le plus surprenant, c’est que dans sa déclaration à la nation, Idriss Déby occulte totalement le fameux « septembre noir », un massacre de populations du sud du pays en 1984. Or, selon plusieurs sources indépendantes, pour l’ancien journaliste Saleh Kebzabo, Idriss Déby Itno est responsable desdits massacres. Il explique pourquoi et comment :

« Dès la prise du pouvoir [par Hissène Habré, ndlr] en 1982, Déby va connaître une ascension fulgurante: commissaire aux armées et à la sécurité du parti-Etat et, surtout, « comchef » des FANT. C’est à ce poste qu’il va s’illustrer et marquer la mémoire des sudistes qui l’ont subi de la manière la plus tragique qui soit. Les milliers de familles endeuillées dans la répression aveugle et sanglante de 1984 qui a généré le « septembre noir », c’est lui; la liquidation de centaines de cadres sudistes, c’est encore lui, jusqu’à la pacification totale du sud. Ces années noires lui colleront à jamais à la peau et il en éprouvera un complexe qui va marquer ses relations avec les sudistes

De la même façon,  Amnesty International considère que « Idriss Déby lui-même a été, jusqu’en 1989, l’un des piliers du régime ».

Le « témoignage à charge » du député Yorongar Ngaléjy donne avec force détails des éléments accablants contre l’actuel chef de l’Etat durant le règne d’Hissein Habré.

La question se pose donc de savoir si, dans sa déclaration du 1er juillet 2013, Idriss Déby est-il involontairement resté taisant sur le massacre de nos compatriotes sudistes durant ce septembre 1984 ou bien s’agit-il d’une tentative de diversion destinée à brouiller les pistes des investigations judiciaires qui viennent seulement de commencer et qui risquent d’emporter tous les ex-collaborateurs du « régime Unir » ?

Le procureur Mbacké Fall vient de déclarer que Idriss Déby « n’est pas concerné pour le moment ». Ce qui signifie qu’il le sera assurément si, au fil des investigations, des indices graves ou concordants rendent vraisemblable sa participation au massacre de septembre 1984, notamment.

© Tchadoscopie

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Directeur de la Publication : Mustapha B. Hattaby | Rédaction : Chroniqueurs bénévoles et Mustapha B. Hattaby

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