Le procureur de la République relevé de ses fonctions en catimini

Après avoir exercé avec un zèle sans précédent ses fonctions de parquetier, le procureur de la République du Tribunal de Première Instance de N’Djamena, le très médiatique  Mahamat Saleh Younous, vient d’être relevé en catimini de ses fonctions. A en croire ceux qui le connaissent, en moins de deux ans à la tête du Parquet, il a fait plus de vagues que l’ensemble de ses prédécesseurs réunis.

On se souvient que Mahamat Saleh Younous s’est particulièrement acharné sur les syndicalistes de l’Ust et le journaliste de N’Djamena-Hebdo dont il a obtenu la condamnation à de lourdes peines d’emprisonnement et d’amende. Le transport de Mahamat  Zène Bada sur une civière de l’hôpital au palais de Justice pour être jugé, c’était encore lui. La poursuite, sans le moindre début de preuve, des députés et cadres politiques pour atteinte à la sûreté de l’Etat ainsi que celle des journalistes pour incitation à la haine, c’était toujours lui….

Mais on ne se souvient pas qu’une seule fois il ait exercé de façon courageuse ses fonctions de procureur face aux nombreuses infractions graves contre les personnes physiques, les deniers publics…, commises par l’entourage politique de Deby.

Le nouveau Garde des Sceaux, Jean-Bernard Padaré, a donc compris qu’une Justice indépendante ne peut fonctionner qu’avec des magistrats indépendants et compétents.

Le procureur zélé est remplacé par Ousmane Mamadou Affono par le décret du 10 juin 2013 portant nomination des magistrats et juges de paix. Ce dernier occupait le poste de Directeur du contentieux au sein de la Direction générale de la législation, du contentieux et de la coopération.

Il faut espérer qu’il ne reproduise pas le même comportement que son prédécesseur et qu’enfin la Justice tchadienne soit égale pour tous. Il en va de la crédibilité de notre pays, sachant que nous sommes de plus en plus observés par l’opinion publique et les institutions internationales.

Le revers diplomatique essuyé par le chef de l’Etat dans le dossier malien, aussi bien à l’Unesco (où les Fatim n’ont même pas été mentionnés dans le discours de remerciement du lauréat du Prix Houphouët-Boigny à l’attribution duquel ils ont contribué) qu’à la Minusma (où finalement le poste de direction a été attribué à un Général rwandais sous prétexte que le Général tchadien n’a pas convaincu sur ses capacités stratégiques) est un indice sérieux de l’appréciation négative que la communauté internationale se fait de nos institutions politiques et militaires.

Il est temps pour les magistrats de se défaire de l’idée que la justice au Tchad doit nécessairement faire la distinction entre les membres du clan de Déby, avec qui il convient d’être clément, voire complaisant, et les autres Tchadiens qui, eux, méritent d’être sévèrement sanctionnés, même s’ils sont innocents, quitte à fabriquer des preuves.

Aucun Tchadien n’est au-dessus de la loi. Un procureur digne de cette fonction n’a pas besoin qu’on lui rappelle cette règle élémentaire de la justice républicaine.

© Tchadoscopie

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Directeur de la Publication : Mustapha B. Hattaby | Rédaction : Chroniqueurs bénévoles et Mustapha B. Hattaby

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