Tchad : une bien curieuse « conspiration »

Idriss Déby a convoqué ce matin toute la classe politique et la société civile pour une « communication » sur les multiples arrestations sur fond d’accusation de complot et de tentative de coup d’Etat manqué opérées avec brutalité depuis le 1er mai dernier. Les responsables des partis de la CPDC et Yorongar Ngarléjy ont courageusement refusé de participer à cette mascarade.

Qu’à cela ne tienne, devant des sous-fifres qui se sont massivement déplacés au palais présidentiel où ils se sont entassés comme des sardines, Idriss Déby a longuement vociféré contre l’opposition et les journalistes dans une intention manifeste d’intimider.

A en croire celui qui assume désormais sans complexe son statut de despote patenté, un « groupuscule a voulu mettre à mal les institutions de la République ». Il ne cite néanmoins le moindre nom d’un de ceux qui font partie de ce groupuscule. Et dans cette affreuse tentative de diversion, il fait mine de s’interroger : « Pourquoi, c’est à ce moment précis où le pays a besoin de sortir de la pauvreté qu’on a préféré revenir en arrière ? Pourquoi au moment où nous nous sommes engagés pour faire du Tchad un pays émergent qu’une poignée de nos compatriotes a voulu créer de désordre dans le pays ? Pourquoi ? »

Puis, se contredisant platement juste après, Idriss Déby affirme devant le parterre d’ouailles médusées et silencieuses que, ce qui est reproché au prétendu groupuscule, « ce n’est pas un coup d’Etat. C’est une conspiration à l’image des printemps arabes » car, selon le despote, « un coup d’Etat on le fait avec des armes et l’armée. Or, je n’ai pas vu un seul homme armé qui conspirait avec ce groupe ».

Trop vague comme explication. Il ne précise ni le mode opératoire de la prétendue conspiration ni le mobile de ceux qui l’auraient planifiée.

Mais alors, si Déby n’a pas vu un seul homme armé qui conspirait avec ce groupe, pourquoi des paisibles citoyens ont été massacrés, puisque l’on sait dorénavant qu’il y a eu plusieurs dizaines de morts le 1er mai ? Et pourquoi a-t-il ordonné à ses sbires interpeller puis de placer en détention toutes ces personnes qui clament haut et fort leur innocence depuis une semaine ?

Et dire qu’après un tel aveu, Idriss Déby a pu oser soutenir ceci : « nous sommes le seul pays à avoir un cadre de dialogue politique qui n’existe nulle part pour renforcer la démocratie. Il faut se dire qu’il n’y a pas une école où on apprend la démocratie. C’est une valeur essentielle pour laquelle il faut croire ou ne pas croire » ?

Le machin-chose appelé « cadre de dialogue politique » dont il parle ne pourrait exister qu’au Tchad parce qu’aucun autre pays n’en veut. Car lorsque le fonctionnement normal de la démocratie aboutit à l’alternance politique, il n’est pas besoin d’user d’expédients pour tromper la vigilance des populations.

La démocratie, c’est le pouvoir du peuple qui choisit librement et dans la transparence ses dirigeants. Lorsqu’un régime politique essaie par tout moyen de voler au peuple son droit de vote pour obstruer ensuite toutes les voies de changement, il ne peut que procéder par intimidation et subterfuge pour éviter justement « les printemps arabes » qui ne sont rien d’autre que l’expression collective du rejet d’une classe politique incompétente et maffieuse.

Si Déby a peur d’un « printemps arabe », c’est qu’il est parfaitement conscient qu’il n’y a aucune démocratie au Tchad. S’il veut encore sauver la face dans cette histoire abracadabrantesque de « conspiration sans armes », il doit ordonner la remise en liberté immédiate des paisibles citoyens arbitrairement incarcérés.

Il est inadmissible d’abuser de son pouvoir en humiliant chaque jour les gens dans le seul et unique but de satisfaire un insatiable penchant tyrannique.

© Tchadoscopie

Palais rose: http://presidencetchad.org/affichage_news.php?id=606&titre=%20Lire%20article

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Directeur de la Publication : Mustapha B. Hattaby | Rédaction : Chroniqueurs bénévoles et Mustapha B. Hattaby

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