La récréation démocratique est terminée

L’ère des proscriptions est ouverte

« ll n’y aura ni table ronde, ni table rectangulaire« , dixit Idriss Déby Itno.  19 ans de règne absolu, ça vous transforme un dictateur en tyran. Opposition armée ? Quelle opposition armée ? Il n’y a plus d’opposition, ou plus exactement, il n’y a pas de « rebelles » au Tchad. Il n’y a que des « mercenaires » armés par El-Béchir pour renverser son régime. Une guerre tchado-soudanaise, sans réel mobile, en somme. Un jeu d’hégémonie inspiré juste par l’euphorie d’un trop plein de pétrodollars déversés sur Khartoum. Ainsi, en a décidé Idriss Déby Itno 1er, le nouvel empereur d’Amdjarasse, celui-là même qu’une certaine presse complaisante en France a osé lui trouver des traits Napoléoniens au lendemain d’une mémorable renaissance après la mort prématurément annoncée du « régime tyrannique » par ces mêmes journalistes versatiles. C’était un certain 3 février 2008.
Ce jour-là, le trône a été fortement secoué mais a pu résister avec l’appui d’une force inestimable : des mercenaires venus du Froid. 8 milliards de Fcfa, ça valait au moins cela non, même si « c’est rien, 8 milliards » ? Et Déby, renversant la situation en sa faveur, a juré que rien ne sera plus jamais comme avant. Dictateur, il l’était contre ses opposants. Tyran, il sera envers et contre tous. Le peuple pris en son entier. Telle est la volonté du rescapé de février qui se voit désormais empereur absolu, régnant à vie et exerçant un pouvoir illimité et sans partage. La récréation démocratique est terminée. Il ne peut y avoir d’opposition contre le souverain qui a dépensé « 800 milliards dans les oeuvres sociales« . Les godillots sont sommés de marcher au pas.

L’opposition institutionnelle, ridiculisée

Le caillou dans la chaussure, c’était bien évidemment Ibni Oumar Mahamat Saleh. De celui-ci, il n’en parlera plus, « plus jamais à un journaliste« . La vie de l’opposant à jamais ôtée, la marche de l’empereur vers la monarchisation de notre jeune république ne peut être que plus allante. Craignant la férocité du tyran, ceux des opposants qui ont eu la mauvaise idée de lui accorder leur soutien pour réinstaurer un climat de confiance entre le peuple et la classe politique sont mis au pressoir et foulés au pied. En illustre cette obligation de soutenir « le chef de l’Etat » rappelée dans un discours présidentiel prononcé le 9 mai 2009, au lendemain des événements d’Amdam : « lesPartis politiques doivent se mobiliser pour informer et sensibiliser la population tchadienne, organiser des marches de soutien aux institutions de la République et contre l’agression soudanaise, à travers tout le pays. Des délégations des partis politiques doivent se rendre dans toutes les Régions pour sensibiliser, mobiliser, et conscientiser la jeunesse, les femmes, les commerçants quant à la gravité de la situation que traverse le Tchad ».
La queue entre les jambes, déguisés en guignols vêtus de bleu-jaune-rouge (pour le plus extravagant d’entre eux, vu à la télé) et scandant « Déby, père de la Nationanina warak », les « opposants » se sont prêtés à une parade ridicule sur la place de l’Indépendance pour le grand plaisir des Déby Itno. Qui votera demain pour une opposition faible qui s’empressera à échanger le peu de suffrages récoltés lors des mascarades électorales contre un strapontin ministériel au mieux, un poste de conseiller à la primature, au pire ? S’ouvrir aux arguments de l’adversaire ou en faire sien sont deux comportements bien distincts. On observe hélas que l’opposition démocratique s’est totalement fondue dans le régime en faisant siennes les propagandes du tyran destinées à faire accepter au peuple tchadien le renforcement et la pérennisation du clan Déby au pouvoir. « J’ai pris le pouvoir par devoir, pour sauver le Tchad du chaos » a-t-il récemment clamé dans Jeune Afrique. Quel argument plus noble et facilement assimilable par un peuple à majorité analphabète et dont la faculté raisonnante n’est pas très exercée ? Qui plus est, brandi comme élément de comparaison face à ces soi-disant opposants qui n’ont jamais porté de battle-dress. Le kaki est un accoutrement qui fait fureur auprès d’une population qui maîtrise mieux le son des armes que les couplets de l’hymne national.

L’opposition armée, rabaissée

Le battle-dress fait rêver les Tchadiens et l’on doit de se souvenir que la dévolution du pouvoir dans ce pays s’est toujours faite par la voie armée. Le néocolon, qui veut forcer le destin politique de son fils en le propulsant au sommet des Tours de la Défense, a beau « salué les efforts » accomplis par Déby sur le plan des perspectives électorales, il reste que le peuple tchadien ne connaît pas la démocratie. « J’y suis, j’y reste » par tout moyen. Telle est la science des dictateurs qui se sont succédé au pouvoir. Excédé et affaibli par une longue résistance stérile, Dr Mahmoud Nahor a dit toute son admiration à moitié feinte pour Déby, hier à Paris. Il veut rentrer. Bien avant lui, Goukouny Weddeye s’est rendu, volontairement, sans résistance. D’autres grosses pointures de la rébellion sont sur le point de faire leur come-back. L’empereur a usé de force et de ruse pour chasser dans le camp de ses adversaires armés, jusqu’en terre étrangère. Il ne l’eût pas emporté sans doute si la motivation de certains opposants n’était pas essentiellement justifiée par la recherche du gain facile, de quelque nature qu’elle soit. En retournant leur veste, des gens jadis respectés, aimés et admirés par le peuple souffrant, ont déclamé sans honte qu’ils refusaient désormais de « porter l’habit du mercenariat ». Ils auraient dû au passage demander pardon aux familles qu’ils ont endeuillées et leur accorder des dommages-intérêts substantiels pour les actes de « mercenariat » posés avant le 25 juillet 2009. Les liasses de pétrodollars reçus à Tripoli pour s’acheter des nouveaux habits de la traîtrise ne doivent-ils pas aussi servir à se refaire un lifting complet pour mieux faire accepter sa tronche par les familles des victimes ?

L’avilissement est congénital chez la plupart de nos compatriotes et Idriss Déby l’a compris. Se rappelant que ces soi-disant rebelles s’insurgent contre « un régime politique despotique » que pour mieux rallier et le soutenir avec fanatisme (si tenté qu’il ait pu changer, en pire, durant ce laps de temps), Idriss Déby envoie son Médiateur personnel sillonner les camps des rebelles pour s’offrir à coup de millions de cfa les plus véreux d’entre eux. Et Dieu sait s’ils sont nombreux, ces « opposants/businessmen » qu’aucun Tchadien ne respecte désormais. Le Premier ministre Youssouf Saleh Abbas n’avait-il pas déjà déclaré que dans les revendications des rebelles, « il n’y a pas de Tchad, là-dedans« ? Dénigrés, ils sont devenus la risée du régime à tel point que Déby ne croit plus en l’existence même d’une opposition armée. De bonne foi, sans doute, mais le tyran fait néanmoins face à une opposition radicale qui maintient sa pression sur son régime et contre laquelle la seule arme qu’il a trouvée est la stratégie de la diabolisation.

 L’opposition radicale, diabolisée

Lapsus ou volonté délibérée de fusionner les jumeaux pour les rendre « un », nous avons tous relevé que dans son entretien avec Africa 24, Idriss Déby a déclaré que « deux » opposants sont aujourd’hui les seuls à causer du tort à son régime. Il s’agit de  « Tom/Timan » et de « Mahamat Nouri » a-t-il précisé. Cela dit, pour les jeter en pâture, tant au journaliste d’Africa 24 il y a quelques semaines qu’à Christophe Boisbouviers ce matin sur RFI, le tyran de N’Djamena a cherché en vain à leur faire partager son opinion selon laquelle ces « deux »-là ne sont pas des « rebelles », mais seulement des « mercenaires vendus » (sic.) par Khartoum. Est-il encore nécessaire de s’interroger sur la capacité et le poids politique de ces opposants pour assurer l’équilibre du pouvoir, même à distance et pour porter l’espoir de changement dans ce pays où Déby souhaite y régner en Monarque absolu ?

L’honnêteté oblige à convenir que face un homme qui n’a jamais accepté et qui n’acceptera jamais la contradiction, pourtant nécessaire à l’évolution des sociétés démocratiques, seule la force peut dissuader.

L.A

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Directeur de la Publication : Mustapha B. Hattaby | Rédaction : Chroniqueurs bénévoles et Mustapha B. Hattaby

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